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Saint-Etienne le, 8 décembre 08
A M l'Inspecteur d'Académie
s/c de Mme l'inspectrice de l'Education Nationale
Monsieur l'Inspecteur d'Académie
Notre service public d'éducation est en train de subir de profondes transformations. Militant syndical, directeur d'école, enseignant, formateur à l'IUFM, de ces différents points de vue je ne
vois qu'attaques contre l'école que notre ministre maquille sous de fallacieux arguments.
Il annonce un plan de lutte contre l'échec scolaire en diminuant le nombre d'heures d'enseignement, en supprimant des postes, en sédentarisant 3000 maîtres spécialisés des RASED et il propose à la place deux malheureuses petites heures d'aide personnalisée aux élèves en difficulté. Quelle crédibilité peut avoir un tel dispositif ? Pour moi aucune, comme le dénonce nombre de pédagogues de renom. D'ailleurs, lors de notre conseil d'école je n'ai pas pu mentir aux parents d'élèves comme, en bon fonctionnaire, j'aurai du sans doute le faire.
Autre axe de son plan, les programmes 2008. Quiconque veut faire un temps soit peu preuve d'honnêteté intellectuelle ne peut pas formuler un seul argument en leur
faveur. Est-il acceptable que les programmes de l'école soient profondément transformés sans qu'aucun professionnel, aucun chercheur n'est officiellement été consulté ? Ne sombrons-nous pas dans
l'obscurantisme ? Vers quels arguments, quelles études puis-je renvoyer les étudiants et stagiaires que je croise en formation pour leur justifier ces nouveaux programmes ? Aucune d'autant plus
que l'immense majorité de la communauté scientifique, les dénonce. Est-ce que tous nos pédagogues sont dans l'erreur et seul le ministre a « la vérité »
Vous comprendrez que je ne pourrai pas appliquer les programmes 2008 et je refuse de tricher en faisant semblant de les prendre en compte.
L'argument premier qui préside à toutes ces réformes est gestionnaire. Notre ministre n'a qu'un but faire des économies sur le budget de l'éducation nationale.
Mais il y a encore plus grave, les valeurs de la république sont remises en cause. La solidarité, la coopération sont sans doute à son sens dépassées, il veut les
remplacer par concurrence et compétition. Concurrence entre les établissements scolaires qui seront dirigés bientôt par de « vrais patrons » (c'est le vocable qu'il utilise). Mais quelle vision
a-t-il des enseignants ? Nous serons plus efficaces si nous obéissons aux ordres d'un supérieur hiérarchique. Je ne sais si c'est de l'ignorance ou du mépris, par contre je peux affirmer que
c'est se fourvoyer complètement que de croire qu'un enseignant doit être un exécutant docile.
Compétition entre les élèves, avec les bourses au mérite et le tableau d'honneur qu'il a failli réhabiliter.
Rien d'étonnant qu'avec une telle conception il met tout en œuvre pour anéantir les IUFM. Enseigner est un métier qui s'apprend, les élèves ne sont pas de simples réceptacles dans lesquels l'enseignant déverse son savoir. Notre métier est difficile, il n'y pas de réponses automatiques à toutes les questions que nous nous posons nous devons perpétuellement aller de l'avant, innover pour progresser.
C'est pourquoi, en conscience, je refuse de me plier à ces réformes et j'estime qu'il est de mon devoir de désobéir.
YVES SCANU
Article du jeudi 8 janvier 2009
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L’Inspection d’Académie reçoit trente lettres de désobéissance
Sur les 3643 professeurs des écoles que compte le département, 31 ont fait savoir, hier, à l’Inspection d’académie de la Loire qu’ils
refuseraient d’appliquer les programmes.
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Ils persistent et signent. Une trentaine de professeurs des écoles ligériens ont choisi la désobéissance, consignant par écrit leur refus d’appliquer les réformes du ministère de l’Éducation Nationale. Hier, trente et une lettres, semblables à celle écrite en novembre dernier par Jean-Marc Hostachy, enseignant à l’école Gounot (Saint-Étienne), ont été remises à l’Inspection d’académie de la Loire. Une objection de conscience appuyée, puisque 1600 signatures ont par ailleurs été déposées en soutien à l’action de l’instituteur stéphanois. «De très nombreux professeurs des écoles approuvent cet acte, même s’ils ne sont pas près eux-mêmes à l’accomplir, confie Valérie Atif, secrétaire générale Loire du syndicat enseignant SNUipp. La lettre de désobéissance, c’est un gros engagement. L’action ne peut-être qu’individuelle car le collègue s’expose à des sanctions». Pourquoi prendre ce risque ? «Parce que toutes les réformes qu’on nous impose vont dans un sens opposé à la conception que j’ai de l’Éducation et de mon métier, explique Jérôme Vecten, professeur des écoles à Lorette et auteur d’un des courriers. Les nouveaux programmes font disparaître l’apprentissage du savoir-être ensemble. Il ne s’agit plus que de dispenser des notions ponctuelles à l’enfant. Et puis il y a l’aide personnalisée qu’on nous demande d’assurer et qui sert, en fait, d’alibi à la disparition des Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté». «C’est un ensemble de choses qui font qu’à force d’avoir notre conscience dans nos chaussettes, nous avons choisi d’agir, renchérit Odon Koller, directeur d’une école à Rive-de-Gier. En maternelle, il n’y a plus rien dans les programmes. On a l’impression que le ministre est en train d’anticiper la disparition de cette section». L’intéressé sait que son implication peut lui coûter cher. «En tant que fonctionnaire, on nous demande d’être disciplinés, avoue-t-il. Je suis conscient de m’exposer à des sanctions. Cela m’empêche de dormir mais c’est nécessaire». Premier à avoir expédié sa lettre dans la Loire, Jean-Marc Hostachy refuse d’être considéré comme «l’instigateur» du mouvement. «Je défends une cause, celle de l’école, confie-t-il. On nous demande de former des imbéciles. Quand on est enseignant, on ne peut pas l’accepter. Ce qui me pousse est plus important que ma peur de la sanction. Ce qui compte c’est ce qui va se passer maintenant dans le sillage de toutes ces lettres». Convoqué une première fois en novembre, le professeur des écoles et maître formateur attend aujourd’hui un hypothétique retour de bâton. «On m’avait dit que je ne serais plus maître formateur. C’est encore le cas à l’heure actuelle. Mais j’ai l’impression que ça s’accélère». Jean-Marc Hostachy sera inspecté vendredi. Lætitia Cohendet |
L'intersyndicale, qui souhaite être reçue en même temps que l'instituteur védasien, rappelle par ailleurs que « les fonctionnaires sont des citoyens comme les autres, qui ont le droit, à ce titre, à la liberté d'expression, surtout quand elle est mise au service de la défense de l'école publique ! » Un appel a été lancé à tous les personnels afin qu'ils viennent exprimer leur solidarité en se rassemblant devant l'inspection d'académie de Montpellier, demain, à partir de 8 h 30 .
Soutiens
http://uneecolepourvictorethugo.hautetfort.com/
la lettre de Bastien Cazals a déjà reçu 5 000 visites, et près de 250 personnes ont apporté leur soutien sur Facebook.
POUR LIRE LA LETTRE: http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1059222.html
POUR ECOUTER BASTIEN CAZALS SUR FRANCE INFO: