Partager l'article ! LETTRE A M L'INSPECTEUR D'ACADEMIE: Yves SCANU Directeur d'école d'application Ecole Maternelle d'Application Charles Gounod 17 rue Charles G ...
Saint-Etienne le, 8 décembre 08
A M l'Inspecteur d'Académie
s/c de Mme l'inspectrice de l'Education Nationale
Monsieur l'Inspecteur d'Académie
Notre service public d'éducation est en train de subir de profondes transformations. Militant syndical, directeur d'école, enseignant, formateur à l'IUFM, de ces différents points de vue je ne
vois qu'attaques contre l'école que notre ministre maquille sous de fallacieux arguments.
Il annonce un plan de lutte contre l'échec scolaire en diminuant le nombre d'heures d'enseignement, en supprimant des postes, en sédentarisant 3000 maîtres spécialisés des RASED et il propose à la place deux malheureuses petites heures d'aide personnalisée aux élèves en difficulté. Quelle crédibilité peut avoir un tel dispositif ? Pour moi aucune, comme le dénonce nombre de pédagogues de renom. D'ailleurs, lors de notre conseil d'école je n'ai pas pu mentir aux parents d'élèves comme, en bon fonctionnaire, j'aurai du sans doute le faire.
Autre axe de son plan, les programmes 2008. Quiconque veut faire un temps soit peu preuve d'honnêteté intellectuelle ne peut pas formuler un seul argument en leur
faveur. Est-il acceptable que les programmes de l'école soient profondément transformés sans qu'aucun professionnel, aucun chercheur n'est officiellement été consulté ? Ne sombrons-nous pas dans
l'obscurantisme ? Vers quels arguments, quelles études puis-je renvoyer les étudiants et stagiaires que je croise en formation pour leur justifier ces nouveaux programmes ? Aucune d'autant plus
que l'immense majorité de la communauté scientifique, les dénonce. Est-ce que tous nos pédagogues sont dans l'erreur et seul le ministre a « la vérité »
Vous comprendrez que je ne pourrai pas appliquer les programmes 2008 et je refuse de tricher en faisant semblant de les prendre en compte.
L'argument premier qui préside à toutes ces réformes est gestionnaire. Notre ministre n'a qu'un but faire des économies sur le budget de l'éducation nationale.
Mais il y a encore plus grave, les valeurs de la république sont remises en cause. La solidarité, la coopération sont sans doute à son sens dépassées, il veut les
remplacer par concurrence et compétition. Concurrence entre les établissements scolaires qui seront dirigés bientôt par de « vrais patrons » (c'est le vocable qu'il utilise). Mais quelle vision
a-t-il des enseignants ? Nous serons plus efficaces si nous obéissons aux ordres d'un supérieur hiérarchique. Je ne sais si c'est de l'ignorance ou du mépris, par contre je peux affirmer que
c'est se fourvoyer complètement que de croire qu'un enseignant doit être un exécutant docile.
Compétition entre les élèves, avec les bourses au mérite et le tableau d'honneur qu'il a failli réhabiliter.
Rien d'étonnant qu'avec une telle conception il met tout en œuvre pour anéantir les IUFM. Enseigner est un métier qui s'apprend, les élèves ne sont pas de simples réceptacles dans lesquels l'enseignant déverse son savoir. Notre métier est difficile, il n'y pas de réponses automatiques à toutes les questions que nous nous posons nous devons perpétuellement aller de l'avant, innover pour progresser.
C'est pourquoi, en conscience, je refuse de me plier à ces réformes et j'estime qu'il est de mon devoir de désobéir.
YVES SCANU